RDC : Kabila alerte sur la «soudanisation» du pays sans répondre à son propre bilan

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Sortie médiatique de Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo de 2001 à 2019 dans le média « La Libre Belgique » à Goma, le 20 mars, ville occupée par le M23 avec le soutien du Rwanda.
Dans cet entretien accordé à la presse belge et non aux médias congolais, l’ancien président Joseph Kabila dénonce les dérives du gouvernement de Félix Tshisekedi et affirme compter sur un soulèvement populaire pour « balayer le régime de Kinshasa ». Qualifiant l’actuel chef de l’Etat de « tyran », il insiste sur l’importance de mettre fin à cette « tyrannie en mobilisant les Congolais, qu’ils soient en exils ou à l’intérieur du pays. » Il critique également les volontés de changement de la Constitution en précisant que « le problème, c’est ce petit clan qui cherche à se maintenir au pouvoir. »
Il a également évoqué la balkanisation de l’Est de la RDC en choisissant le terme « soudanisation » qui fait référence à la division du pays. Pour lui, la solution devait se tourner vers une négociation, rejetant l’option d’une quelconque guerre et ne citant d’ailleurs aucune fois le Rwanda. Le média Afrikarabia souligne que cette sortie médiatique le positionne désormais « comme un opposant prêt à remettre les gants ».
Dans tweet publié hier, le 24 mars, l’analyste politique et auteur Patrick Mbeko est également revenu sur une partie des propos de Joseph Kabila notamment sur la situation très critique de la RDC. Pour lui, c’est un avertissement à prendre avec sérieux : « le pays est miné de l’intérieur. Ses propres filles et fils l’entraînent vers l’abîme, incapables de dépasser leurs calculs personnels et de penser au-delà de leurs intérêts immédiats pour affronter une crise qui exige lucidité, courage et responsabilité. Continuer à traiter avec légèreté la crise actuelle, c’est jouer avec une poudrière allumée. Qu’on l’apprécie ou non, Joseph Kabila, qui a une part de responsabilité dans cette crise, a raison de mettre en garde contre le risque de « soudanisation » du Congo.
Mise en garde sincère ou stratégie politique ?
L’historienne Bénédicte Kumbi, sur le réseau social twitter, interroge aussi la prise de position de l’ancien président avec ce titre « la soudanisation du Congo : alerte ou écran de fumée. »
Elle rappelle que si à première vue cela convoque « la fragmentation du territoire (…) et le basculement comparable au Soudan. » Il est important de se questionner sur « qui parle et pourquoi ».
Bénedicte Kumbi précise qu’il ne revient aucunement sur son bilan, « les responsabilités structurelles » et la durée de cette guerre mais se focalise sur l’urgence de mobiliser face à la crise actuelle et ce qu’elle pourrait engendrer. Car en effet, revenir sur les « causes c’est questionner les années de pouvoir de pouvoir de Kabila lui-même. C’est interroger la gestion des groupes armés, les intégrations militaires inabouties, les équilibres politiques construits sur des rapports de force et l’incapacité durable à sécuriser la partie orientale du Congo. En évitant cette question, le discours devient ce que l'on pourrait qualifier, sans excès, de machiavélique. Non pas au sens trivial de manipulation, mais au sens précis où l'entend Nicolas Machiavel: maitriser le récit pour redéfinir la perception du pouvoir. Le geste est subtil mais efficace. En nommant un danger, la soudanisation, on se positionne du côté de la clairvoyance. Mais en refusant d'expliquer pourquoi la guerre est déjà là, on évite de se confronter à sa propre responsabilité.»