En Martinique, une avenue pour honorer le combat du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018

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En Martinique, une avenue de la ville d’Anses D’Arlet a été baptisée au nom du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 et gynécologue de renommée mondiale engagé dans la lutte contre les violences sexuelles en période de guerre en République démocratique du Congo.
Arrivé dimanche 3 mai, un accueil chaleureux aux sonorités traditionnelles de l’île lui a été réservé. Cette visite s’inscrit dans le cadre du festival « Pays rêvé », organisé par Viktor Lazlo. Figure majeure des droits humains, le Dr Denis Mukwege est aussi attendu en tant qu’invité d’honneur pour l’ouverture de la troisième édition des Journées de la mémoire et du rapprochement des peuples (JMR) qui se déroule du 3 au 23 mai.
Connu mondialement pour son combat contre les violences sexuelles faites aux femmes en période de conflits armés en République démocratique du Congo, le Dr Denis Mukwege a été reçu par le maire d’Anses D’Arlet, Eugène Larcher et compte effectuer plusieurs rencontres dans différentes communes de la Martinique. L’avenue baptisée en son nom est située entre le rond-point du Lambi et la route des Trois Ilets à l’entrée de la ville d’Anses D’Arlet. Une initiative historique pour graver dans la mémoire collective son engagement pour l’humanité et rappeler l’importance de prendre position pour la défense des droits humains et des survivantes de violences sexuelles. Pour le maire, inaugurer une avenue au nom du Dr Mukwege revient à « inscrire dans notre territoire une mémoire vivante ».

Depuis 1999 à Bukavu, le Dr Denis Mukwege et ses équipes ont pris en charge près de 90 000 victimes des conflits armés dans l’est de la RDC en leur apportant un soin holistique comprenant un accompagnement médical, psychosocial, une assistance juridique et socio-économique. Un modèle de soin qui a essaimé au-delà des frontières congolaises notamment en Centrafrique, où plus de 10 000 survivantes ont déjà pu bénéficier des soins holistiques.
Interrogé par Martinique la 1ère, le prix Nobel de la paix a affirmé : « Le combat contre les violences sexuelles n'est pas un combat de féministes. Et là, je pense que quand je m'adresse aujourd'hui aux Martiniquais, c'est pour dire qu'il faut combattre les violences sexuelles quelque soit le pays, la situation. Parce qu'en fait violer les femmes, c'est violer notre propre humanité. Nous ne devons pas normaliser cette violence. »
Une mobilisation tournée vers la mémoire et les futures générations
Le Dr Denis Mukwege a aussi été nommé citoyen d’honneur de la ville, une reconnaissance des autorités et de la population martiniquaise pour son engagement en faveur de la dignité humaine.
Dans son discours, il a rappelé être très ému d’être citoyen d’honneur d’un département « qui a vu naître Aimé Césaire, Frantz Fanon et d’autres illustres auteurs… »
Ce programme est aussi marqué par desévénements culturels, des animations, la diffusion du film Muganga, un échange en présence du professeur Guy Cadière, professeur de chirurgie à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et directeur fondateur de la European School of Laparoscopic Surgery. Depuis 2012, il collabore avec l’Hôpital Panzi à Bukavu où il apporte son expertise dans la chirurgie mini-invasive. Une unité spécialisée dans cette chirurgie a par ailleurs été constituée.
Des conférences autour des questions de justice et de réparation sont aussi prévues. La journée du 5 mai sera consacrée à la jeunesse et aux institutions locales ensuite une rencontre sur le thème « réparer les femmes, réparer le monde » à la mairie du Lamentin à l’invitation du maire David Zobda. Enfin, une salle au lycée Paulette Nardal à Ducos sera également inaugurée au nom du Dr Denis Mukwege.
Un séjour riche avec plusieurs prestations artistiques et expositions photos notamment les Nouvelles Amazones d’Yves Barou, des concerts, dont celui de la chanteuse d’origine haïtienne Marie Celestin, ainsi que des conférences, comme celle par Rodolphe Tolbiac, maître de conférences en littérature et études culturelles sur le thème « esclavage des Africains, plus grave crimes contre l’humanité et réparations par les Africains.
Cette visite d’une figure majeure comme le Dr Denis Mukwege crée un pont entre la RDC et la Martinique. Une reconnaissance qui soulève l’importance d’honorer un tel parcours et de développer des programmes pour rendre visible l’abnégation et le travail du chirurgien ainsi que sa conviction profonde : celle d’une mobilisation universelle pour mettre un terme aux violences faites aux femmes et à leur banalisation.
