RDC : 14 ans de LUCHA et des mouvements citoyens toujours mobilisés contre l’impunité

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Le mouvement de Lutte pour le Changement (LUCHA) célèbre ses 14 ans. Un engagement pour un Congo plus juste en faveur « des droits humains et d’une bonne gouvernance. »
Cette date est aussi l’occasion de se souvenir de la mémoire de militants tués dans des conditions horribles. Certains par l’armée congolaise Obadi Muhindo, d’autres par la police Mumbere Ushindi lors d’une manifestation pacifique, Byamungu tué par le M23 et Aloys enlevé par le M23 et enfin l’un des co-fondateurs de la Lucha Luc Nkulula tué en 2018 sous le régime de Joseph Kabila. Sans oublier Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala et les citoyens massacrés par les groupes armés ainsi que d’autres détenus par les autorités militaires.

Dans un communiqué, la Lucha a aussi condamné « l’occupation persistante nationale par l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda » et a appelé le gouvernement à récupérer les territoires occupés et à instaurer une réelle restauration de l’Autorité de l’Etat dans les zones sous occupation. Les militants se sont aussi opposés à toute forme de révision ou de changement de la Constitution par le président Félix Tshisekedi. Le mouvement citoyen a aussi rappelé l’importance de garantir sécurité et assistance aux personnes déplacées.
La mobilisation citoyenne de la Lucha connue pour son opposition ferme à un nouveau mandat de Joseph Kabila a inspiré de nombreux autres mouvements citoyens. Leur plaidoyer s’inscrit dans la poursuite d’un Congo souverain, libre et démocratique où la dignité humaine est au centre des décisions.
Mettre en lumière les actions et revendications des militants permet de rappeler les enjeux et la nécessité de poursuivre la mobilisation. La priorité doit rester centrée sur l’intégrité territoriale du pays, les civils et notamment les victimes de cette guerre passée sous silence qui dure depuis trop longtemps. Il est donc essentiel de coordonner des stratégies de terrain et d’autres actions citoyennes pour briser le silence sur le génocide en cours et établir une réelle justice. Des vies humaines sont massacrées et des familles sont déchirées. Le nombre de cas de violences sexuelles s’intensifient. « Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a signalé plus de 80 000 cas de viol dans l’est de la RD Congo entre janvier et septembre 2025, soit une hausse de 32 % par rapport à la même période en 2024. (…) Le viol et les autres violences sexuelles pendant les conflits armés constituent une violation du droit international humanitaire, également appelé droit de la guerre, et sont des crimes de guerre. » (Source Human Rights Watch).
En 2026, la guerre en RDC est documentée et de nombreuses structures, espaces, artistes visibilisent ces trois décennies d’exactions. Ce travail de sensibilisation doit donc se poursuivre pour enfin obtenir une paix durable et pouvoir interpeller les autorités congolaises lorsque des décisions sont prises en reléguant au second plan l’intérêt des populations.
La signature des Accords de Washington a ainsi été critiquée par la société civile, notamment en raison de l’absence d’un véritable volet justice : pas de poursuite ni de condamnation des auteurs des crimes et aucun dialogue national n’a été organisé. Ainsi, en juin 2025, le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege avait fait part de sa réserve: « « Nous réitérons notre circonspection face à des efforts de médiation qui éludent la reconnaissance de l'agression de la RDC par le Rwanda et un processus caractérisé par son caractère opaque et non inclusif, qui laisse à penser qu'il est à l'avantage de l'agresseur non sanctionné, qui verra ainsi ses crimes du passé et du présent blanchis en "coopération économique ». Il a aussi appelé à plus d’inclusivité et à des dialogues transparents avec la participation de jeunes et de femmes. Pour lui, la lutte contre l’impunité accompagnée de mécanismes de justice est non négociable.
« Envisager une intégration économique et une cogestion des ressources naturelles avec un État agresseur à la base du pillage systématique des ressources minières et de millions de morts sans parler de justice et de réparations est inconcevable pour la population congolaise en général et les communautés martyres de l'Est du Congo en particulier. La justice est non négociable et les richesses du sous-sol congolais ne peuvent être bradées de manière opaque dans le cadre d'une logique extractiviste néocoloniale ».
Pour éviter la répétition des conflits, il est indispensable de garantir des principes de justice, de vérité et de réparations pour réellement envisager une « cohabitation pacifique au sein de la région des Grands Lacs ». « Aucun accord ne doit passer sous silence les massacres à grande échelle qu'a subi la population civile congolaise, les viols commis sur des centaines de milliers de femmes, et les déplacements forcés de millions de personnes. » Denis Mukwege.