Stratégie d’occupation du M23 : entre conquête territoriale et déplacements forcés des civils congolais

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En République démocratique du Congo, 5,61 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays : plus de 76 % fuient les violences armées, et près de 89 % se concentrent dans l’est d’après Ocha RDC. Parallèlement, l’avancée du M23 se poursuit, contraignant de nombreux civils à quitter leurs villages et à se retrouver livrés à eux-mêmes.
Lundi 13 avril 2026, des habitants affirment avoir été contraints de quitter leur village situé à Malemo dans le territoire de Masisi sous l’ordre des rebelles du M23.
La raison : aucune n’a été précisée selon les habitants.
Mais la raison sous jacente reste celle de l’expansion du M23 sur le territoire congolais.
Les familles ont donc fui en direction de Kalembe, zone où de nombreux déplacés vivent dans des conditions inhumaines : manque de vivres, d’accès aux soins, de produits d’hygiène… Une situation humanitaire catastrophique.
Le 27 mars 2026, le M23 quittait le territoire de Lubero, dans l’est de la RDC. Mais le 13 avril, les rebelles ordonnaient aux habitants de quitter leur propre village. Une stratégie qui a des lourdes conséquences sur les habitants et leur mode de vie. Selon Ocha RDC, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires : « les enfants représentent près de 6 déplacés sur 10. » « Depuis janvier 2026, plus de 300 000 personnes se sont nouvellement déplacées portant le total à environ 5,61 millions de personnes déplacées internes. Plus de 76 % des déplacements sont dus aux attaques et affrontements armés. Par ailleurs, 89 % des déplacements internes au cours de l’année ont eu lieu dans les provinces du Sud-Kivu(44 %), du Nord-Kivu (32 %) et Tanganyika (14 %). Aussi, 87 % des retours au cours de cette période ont été enregistrés dans le Sud-Kivu(67 %) et Nord-Kivu (20 %). »
Dans l’est de la RDC, d’après les données de l’ONU, 80% des violences sexuelles sont répertoriées dans des zones occupées et exploitées illégalement par le M23. Les FARDC et d’autres groupes armés ont aussi commis de nombreuses exactions et des violences sexuelles.
Selon le rapport qui Congo Research Group : « Le gouvernement rwandais considère largement le M23 comme un moyen d’étendre son pouvoir et son influence dans l’est de la RDC : pour préserver ses intérêts sécuritaires, créer une zone tampon favorisant l’exploitation des ressources et lui conférant un levier politique, et répondre aux attentes d’une partie de l’opinion publique nationale qui estime qu’un tel contrôle est nécessaire pour préserver la domination du Front patriotique rwandais (FPR) et la stabilité interne du Rwanda. » (Rapport : https://cic.nyu.edu/wp-content/uploads/2026/04/The-M23-A-Fractious-Entrenched-Rebellion-April-6_2026-.pdf)
Un article du média Actualité CD revient sur l’expansion du M23 en précisant que depuis 2021 jusqu’en 2025, selon un rapport publié début avril 2026 par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York, le M23 a pris possession de plus de 10 000 km carrés de l’est de la RDC soit l’équivalent d’un territoire grand comme la Jamaïque.
Quelques dates précisées dans l’article :
Novembre 2021, un soutien logistique leur est apporté. Les rebelles sont situés sur les pentes du mont Sabyino à la frontière de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda.
Juin 2022, prise de Bunagana par le M23, ville stratégique à la frontière de l’Ouganda.
En 2023, les rebelles ont sécurisé le territoire de Rutshuru et en 2024, ils ont étendu leur pouvoir sur Masisi.
Avril 2024 : le M23 s’empare du site minier de Rubaya, principal site d’extraction de coltan au monde.
Janvier et février 2025 : le M23 avec les Forces de défenses rwandaises (RDF)prennent Goma, chef-lieu du Nord-Kivu puis de Bukavu, capitale du sud-Kivu par le M23.
De son côté, l’armée congolaise (FARDC) a aussi récupéré plusieurs territoires notamment Lumbishi, Luziratanka, Kamatale, Bigataga et Kabingo.
15 novembre 2025 : signature de l’accord-cadre de paix à Doha
Décembre 2025 : malgré la signature de l’accord cadre entre la RDC et le Rwanda, les rebelles du M23 avec l’AFC sa branche politique poursuivent leur conquête des territoires de l’est de la RDC
10 décembre : la ville d’Uvira est prise par le M23 frontalière avec le Burundi. Puis le 18 janvier 2026, le M23 quitte Uvira.
24 février 2026 : mort de Willy Ngoma, tué dans une frappe attribuée à l’armée congolaise dans le Nord-Kivu, proche du site minier de Rubaya. Ces mines concentrent 15 et 30 % du coltan mondial.
11 mars 2026 : Karine Buisset, humanitaire de l’UNICEF tuée dans une frappe de drones à Goma avec deux autres personnes.
Actuellement, le M23 et l’AFC ont installé une administration parallèle dans les territoires occupés. Des chefs coutumiers ont été remplacés par ceux nommés par les rebelles. La prise du site minier Rubaya par le M23 génère 800 000 dollars par mois selon l’ONU. 120 000 tonnes de mines seraient envoyées au Rwanda. Rubaya est le premier site d’extraction de coltan au monde.
Concernant l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda et l’accord de partenariat stratégique RDC-États-Unis, les deux projets ont été jugés recevables par l’Assemblée nationale de la RDC. Ce partenariat inclut différents secteurs notamment : les minéraux critiques, l’énergie, les infrastructures et la sécurité.
Le deuxième document concerne l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda conclu le 27 juin 2025. Il se focalise sur « la cessation es hostilités, le respect de l’intégrité territoriale, le désengagement des forces et la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire en vue d’une stabilité dans la région » (source Actualité CD).
Le 16 avril 2026, lors de la réunion du conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la crise dans la région des Grands Lacs, l’ambassadrice Tammy Bruce, représentante adjointe des Etats-Unis auprès des Nations Unies a rappelé l’importance de mettre en place cet accord afin d’accélérerle retour à la paix dans l’est de la RDC.