Assassinat de Patrice Lumumba : Étienne Davignon, dernier survivant renvoyé devant un tribunal correctionnel

SLK News
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65 ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, la justice belge renvoie devant le tribunal correctionnel Étienne Davignon, dernier accusé encore en vie.
L’ancien diplomate Étienne Davignon âgé de 93 ans est soupçonné de « participation à des crimes de guerre » ayant conduit à l’assassinat de Patrice Emery Lumumba pourrait être jugé en janvier 2027, selon Maître Christophe Marchand, avocat de la famille Lumumba.

Le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba, alors âgé de 35 ans, premier Premier ministre du Congo indépendant (actuellement République démocratique du Congo) a été assassiné au Katanga en pleine sécession. Son exécution a été commise dans des conditions effroyables où le corps de l’ancien dirigeant a été dissous dans l’acide par des mercenaires belges. Cette date marque aussi l’assassinat de ses compagnons Maurice Mpolo, premier ministre de la jeunesse et chef-d’état major de l’armée congolaise et de Joseph Okito, président du Sénat.
En 2011, une plainte a été déposée à Bruxelles par les enfants de Lumumba. Un combat de plusieurs années auquel les petits-enfants se sont également pleinement associés.

Si cette plainte vise environ une dizaine de fonctionnaires, en 2026, le seul survivant est Étienne Davignon. Les chefs d’accusation retenus par le parquet fédéral sont « participation à des crimes de guerre » impliquant « la détention ou le transfert illicite de Patrice Lumumba » et « traitements humiliants et dégradants contre la victime. » Les avocats d’Etienne Davignon réfutent les faits.
Selon Maître Christophe Marchand, M. Davignon incarne « le maillon d’une funeste entreprise criminelle » approuvée par la Belgique (Source le Monde).
Interrogée par SLK News, sur ce que la jeunesse africaine peut retenir de ce procès, Yema Lumumba, petite-fille du héros de l’indépendance a affirmé : « le combat continue. C'est un combat différent, mais dans la continuité de celui des générations précédentes. Notre grand-père s'est battu pour la libération de son pays et de son peuple, et il est important de continuer son combat et de faire vivre sa mémoire. »

En ce qui concerne la transmission de cette mémoire, Yema précise : « il y a de nombreuses initiatives portées par des membres de la société civile que nous sommes heureux de voir et de soutenir. C'est un travail de fond et qui ne doit pas rester confiné aux dates et évènements clés. Que ce soit Lumumba VEA, la BD d'Asimba Bathy, un exposé en cours d'histoire ou une exposition au musée de l'échangeur nous pouvons tous partager et transmettre l'histoire et l'héritage de Lumumba. »
Bien que de nombreux responsables ne pourront pas répondre de ces crimes, ce procès représente un signal fort sur les jugements des crimes historiques.
« L'histoire est déjà en train de rendre son verdict sur les actes commis par Monsieur Davignon, et bien d'autres, sur ordre et au nom d'une puissance coloniale. Une chose est sûre, ce procès est historique, mais il doit être le premier, et non pas le seul, à voir les institutions d'un ancien pays colonial se pencher sur les crimes commis par ses envoyés de l'époque» confie Yema Lumumba.
Pour la famille, c’est « un pas vers la justice et la vérité. »