Thomas Makumbu de l'association Asapo réagit au documentaire "Métisses"

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Retour sur l’avant-première du documentaire « Métisses. Cinq femmes contre un crime d'État » de Quentin Noirfalisse et Jean-Charles Mbotti Malolo.
Le 3 octobre, à Lyon, s’est tenue l’avant-première du documentaire «Métisses, cinq femmes contre un crime d'État » qui retrace le parcours de cinq femmes Léa, Noëlle, Monique, Simone et Marie-José nées en RDC, d'une mère noire et d'un père blanc. Tout juste âgées entre 2 à 5 ans, ces petites filles ont été enlevées par l'État belge.
Une rupture avec leur identité et leur histoire dont elles portent encore la douleur. Plus de 7 décennies plus tard, maintenant septuagénaires, les cinq femmes ont remporté leur procès contre l’Etat belge et vont chacune recevoir
50 000€.
Cette mémoire liée à la colonisation belge, c’est celle des familles certes en RDC mais aussi dans “d’autres pays d’Afrique de l’ouest comme la Côte d’Ivoire” a précisé le réalisateur franco-camerounais Jean-Charles Mbotti Malolo.
Thomas Makumbu, trésorier de l’association ASAPO était présent à l’avant-première et nous a partagé sa réaction après le visionnage du documentaire.

Connaissais-tu l’histoire des enfants métisses ?
Ce film m'a profondément touché et je le recommande !
Dans la communauté congolaise, on parle beaucoup de l'Est du Congo, des conflits et des violences qui restent un sujet d'actualité. C'est légitime et il ne faut pas l'oublier.
Mais cette histoire-là, celle des enfants métis du Congo belge, je n'en maîtrisais pas du tout les bases. Je l'ai découverte en salle, et ça m'a fait prendre conscience qu'une partie de notre histoire reste très peu connue, y compris de ceux qui, comme moi, sont proches de la communauté.
Ce qu'on y apprend est bouleversant. Entre 1908 et 1960, on estime qu'entre 13 000 et 20 000 enfants métis sont nés au Congo belge, le plus souvent d'un père blanc qui ne les reconnaissait pas. L'administration coloniale, avec l'Eglise catholique, les considérait comme un danger pour l'ordre colonial et les a traités comme des orphelins, alors qu'ils avaient une mère bien vivante. Beaucoup ont été arrachés à leur mère très jeunes, avant l'âge de sept ans, et placés en institution.
Les cinq femmes du film en font partie. Elles sont aujourd'hui grands-mères et arrière-grands-mères, et elles ont attendu près de 80 ans pour dire ce qu'elles ont vécu.
Qu’est-ce qui t’a marqué dans ce documentaire ?
Ce qui m'a le plus marqué, c'est que le film ne se contente pas de raconter le procès. Il fait comprendre ce qui s'est passé avant : les abus de la colonisation, puis une reconnaissance tardive de la Belgique, et l'hypocrisie de cette justice. On leur a fait oublier le nom de leurs parents pendant presque toute leur vie.
Je suis sorti de la salle avec un mélange de colère, de tristesse et d'admiration pour leur courage.
Qu’est-ce que tu en retiens ?
Pour moi, ce n'est pas vraiment de la justice. Même si la réparation est symbolique, elle reste le signe d'une indifférence, et la reconnaissance de ces crimes contre l'humanité avance beaucoup trop lentement. Je retiens quand même que leur combat a abouti : la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation de l'État belge, et c'est la première fois qu'un État européen est condamné pour un crime contre l'humanité commis pendant la colonisation. Pourtant, on en parle trop peu.
Ce film nous a aussi inspirés au sein d'ASAPO. Il nous a rappelé que l'histoire du Congo ne se résume pas aux conflits récents ni à la période qu'on cite le plus souvent. Elle commence bien plus tôt, avec l'époque du roi Léopold II, l'État indépendant du Congo, puis la colonisation belge et ses abus.
Nous voulons donc intégrer cette histoire dans notre travail de transmission auprès de la diaspora, pour que les plus jeunes comprennent d'où viennent ces blessures et pourquoi elles pèsent encore aujourd’hui.
Après la projection, le débat avec le réalisateur était très pertinent, avec des questions de fond sur le sens de cette démarche. C'est pour ça que je pense qu'il faut en parler. Je t'ai déjà mise en relation avec lui : n'hésite pas à le contacter pour l'interviewer et relayer la sortie du film dans les prochaines semaines. Je peux aussi te transmettre des photos et des vidéos de la soirée.
Ce genre d'initiative mérite vraiment d'être soutenue et relayée.
